Qu’est-ce qui se cache derrière l’appellation “bière triple” ?

Chez nos cavistes, sur les ardoises des bars à bières, jusqu’aux rayons des supermarchés… Les bières triples sont partout ! Force est de constater qu’elles ont la très louable tendance de rafler l’approbation générale… Rondes, onctueuses, puissantes, chaleureuses et riches en arômes fruités, elles séduisent aussi bien les palais avertis que ceux des débutants. Mais cette appellation “bière triple” demeure, à juste titre, bien obscure dans nos esprits.

Certains disent que cela signifie qu’il y aurait trois doses de malt, alors que d’autres parlent de triple fermentation… Qu’en est-il vraiment ? Souvent associées aux bières belges ou bières trappistes (bières d’abbaye), vous verrez qu’en réalité, les bières triples n’ont ni le monopole belge, ni le monopole religieux, et encore moins celui du malt !

Est-ce une bière triple malt ?

Les déclinaisons “simple”, “double” et “triple” prennent naissance dans les Abbayes, à l’époque où les moines brassaient pour leur communauté et leurs hôtes :

Plus la position hiérarchique de la personne à qui elles étaient destinées augmentait, plus la bière se devait d’être dense et forte !

Ainsi, les moines brassaient pour eux-même des bières de table, simples et légères, autour de 5°. Ensuite, en augmentant la quantité de grain et de sucre, ils obtenaient les bières doubles (Dubbel) entre 6 et 7°. Celles-ci étaient destinées aux Abbés. Et en augmentant encore les quantités de malt et de sucre, ils brassaient une bière plus forte encore, destinée aux convives. Une bière triple (Tripel) dense, liquoreuse, au col de mousse crémeux et avoisinant les 8/10°.

Derrière les notions de “double”, “triple” et même “quadruple” (apparue plus tard), se cache donc un système de classification établi par les moines pour hiérarchiser leurs différentes gammes. Mais cela n’implique pas forcément un système de multiplication numérique proportionnelle ! On parle bien du ratio quantité de malt / quantité d’eau, qui va en augmentant légèrement, mais pas exponentiellement.

De la sorte, Dubbel et Tripel sont à interpréter par le consommateur comme une information utile pour faire son choix. Les simples sont les plus légères, les Quadrupel les plus denses et fortes en alcool.

Vous avez dit Triple fermentation ?

Voici là un sujet délicat qui ne met pas tous les spécialistes d’accord. La triple fermentation existe, c’est incontestable. Mais là où les avis divergent, c’est sur la façon dont elle intervient.

D’un côté, les brasseurs les plus méticuleux ajoutent à leurs bières après leur mise en bouteille du sucre et/ou des levures pour relancer la fermentation. Ainsi, les levures pourront agir une troisième fois et booster l’intensité aromatique des petites mousses. Dans ces conditions, la troisième fermentation (ou refermentation en bouteille) est incontestable.

En face, d’autres spécialistes considèrent que le temps de vieillissement d’une bière de garde peut s’apparenter à une troisième fermentation (sans ajout de sucre ni de levure donc). Et c’est là que les avis divergent car en réalité, le temps de garde n’est pas vraiment un temps de fermentation.

Puisqu’aucune réglementation n’est actuellement en place pour réguler la notion de “fermentation”, les brasseurs et marketeurs des grands groupes sont libres de considérer ce temps de garde comme une troisième fermentation. Les puristes scandent l’argument marketing tandis que les brasseurs de ces bières de garde se défendent d’une micro-fermentation qui pourrait intervenir durant la maturation…

Les Triplettes de bièreville

Eh oui, comme si cette notion de bières triple n’était pas assez compliquée, on en rajoute encore un peu ! Le terme “triple” peut ainsi renvoyer… à trois céréales ! Le malt de la Tripel Karmeliet de la brasserie Bosteels est ainsi formé de trois céréales combinées : l’orge, l’avoine, et le froment. Mais il faut que l’on vous avoue quelque chose… Cette Tripel Karmeliet aura aussi tous les atouts d’une vraie bière blonde Triple car sa quantité de malt correspond bien à celle d’une triple. Et vous savez ce qui est beau dans cette règle de trois ? C’est que La Triple Karmeliet subit aussi 3 fermentations !

Enfin, et parce qu’on allait pas s’arrêter en si bon chemin, voici encore une dernière façon d’accommoder le terme “Tripel” à la sauce interprétation personnelle. Tout aussi important que le malt dans le profil aromatique d’une bière, le houblon mérite lui aussi la tête d’affiche !

Lumière sur la Duvel Tripel Hops dont la recette contient 3 houblons. Il fait dire que la quantité pléthorique de variétés de houblon à disposition des brasseurs offre la possibilité de nombreuses combinaisons audacieuses. Golding, Citra et Saaz sont ainsi les 3 variétés de houblons qui entrent dans la composition de la Duvel Tripel Hops, qui, soit dit en passant, se révèle massivement adorée par la communauté beer geeks !


Certes confusante, on vous l’accorde, cette Sainte Trinité du « Triple » converge toutefois vers un même point d’orgue : le goût. Qu’elle s’applique au malt, à la fermentation, au nombre de céréales ou de variétés de houblon, l’appellation “Triple” ne veut décidément que du bien à la bière. Et ça, tous les experts vous le diront !

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